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Famille interculturelle et séparation : quels enjeux pour la coparentalité ? 

Lorsque la différence culturelle des partenaires offre l'apparence d'une mixité visible, celle-ci porte sur les personnes tout autant que sur les familles auxquelles elles appartiennent. Il est à noter que la rencontre entre deux cultures concerne des contextes d'unions apparemment plus indifférenciées , en ce sens qu’un couple est formé de deux cultures familiales plus ou moins proches. En effet, les cultures familiales en termes d'éducation, de parentalité, de valeurs, de traditions et de transmission émergent principalement lors de l'arrivée de l'enfant et laissent apparaître des attendus propres à chaque parent en lien avec la famille d'origine, que ce soit dans le sens de la préservation ou du rejet. La situation de la diversité multiculturelle met en lumière, par son effet de miroir grossissant, des phénomènes susceptibles d'être présents chez de nombreux couples à plus ou moins grande échelle. En médiation familiale, toutefois, nous rencontrons des parents séparés, ou en cours de séparation, dans un contexte de mixité qui refait surface de façon particulière à travers le conflit qui les amène vers nous.

Lorsque la différence culturelle des partenaires offre l’apparence d’une mixité visible, celle-ci porte sur les personnes tout autant que sur les familles auxquelles elles appartiennent.

La formation d’un couple peut être induite par une attirance pour la découverte d’un univers inconnu à travers la relation qui se tisse avec une personne d’une culture différente, pressentie comme une ouverture de part et d’autre, ou pour une rencontre qui éloigne du familier.

Or, quand le couple, et plus spécifiquement les parents, se séparent, la culture de chacun en ce qu’elle est un ancrage d’appartenance à un groupe vers lequel les protagonistes vont avoir tendance à retourner, redevient une dimension à défendre, et ce d’autant plus qu’elle aura été « sacrifiée » à leurs yeux actuels marqués par le désamour. Cela génère un sentiment plus grand d’éloignement de l’autre voire d’incompréhension et de conflit.

En effet, lors de la mise en couple, des formes de négociations, éventuellement non parlées, découlant de l’attrait pour l’autre, amènent presque naturellement chacun à trouver des compromis afin de permettre la coexistence. D’autre part, la mixité fondée sur l’immigration d’un des parents, influe les choix possibles sur la terre d’accueil, terre d’origine de l’autre parent mais aussi environnement social dans lequel évoluent les enfants. Cet environnement entre dans l’équation des choix familiaux et parfois exclut d’office certaines options.

Ainsi, les enfants grandissent dans une double appartenance partiellement amputée de certains éléments caractéristiques d’une culture. Différents exemples issus de la pratique de la médiation familiale nous permettent de citer quelques cas. L’exemple de la religion est parlant quant aux choix effectués dans le cadre de la bi-culturalité. Les parents peuvent opter par une absence d’éducation religieuse, l’enfant étant libre de choisir à sa majorité, ou bien l’un des parents se convertit à la religion de l’autre qui est investie dans le foyer, ou bien encore les parents recherchent des valeurs communes aux deux religions pour les enseigner par-delà les pratiques. 

Au cours d’une séance de médiation familiale, une mère ayant adopté la religion de son conjoint lui rappelle comment elle a choqué ses parents. Ceux-ci l’ont perçue comme si elle reniait les valeurs qu’ils lui avaient transmises. Ce choix avait eu un impact au-delà d’elle et de son couple puisque des reproches et une incompréhension avaient abimé la relation qu’elle entretenait avec ses parents. Madame avait besoin que soient reconnues ses blessures relatives à la souffrance de ses parents, les grands-parents de leurs enfants, fâchés des choix religieux pour la génération suivante également, qu’elle ne pouvait écarter de l’histoire du couple.

Plus tard, elle pourra elle-même reconnaître les difficultés rencontrées par Monsieur qui fait valoir le regard négatif porté par sa propre famille sur des choix d’éducation ne relevant pas des coutumes familiales de son côté. 

Ils valideront tous deux, combien leur histoire à amener des décisions « hybrides » de leurs deux cultures d’origine, inventant un métissage propre à leur foyer qui a pu décevoir les clans élargis.

Il existe donc différentes formes d’affiliation à la culture de l’autre nécessaires à la formation de la famille, qui lors de la rupture peut redevenir un enjeu de conflits quand la vie en commun n’est plus. 

Le travail du deuil du couple conjugal qui réaffirme l’identité culturelle de chacun du fait de la désunion se confronte à la poursuite d’une relation et de l’exercice d’une coparentalité cohérente pour les enfants.

La médiation familiale propose un espace de dialogue au sein duquel les parents volontaires vont pouvoir s’exprimer dans un cadre confidentiel. Plus spécifiquement dans ces contextes, il va être intéressant de revisiter l’histoire du couple afin de redonner du sens aux choix faits par le passé et de permettre de distinguer et d’appréhender les motivations et leurs évolutions, les vécus et sentiments inhérents à cette histoire complexe.

Au cours des séances, la coparentalité redeviendra le sujet principal, visant l’intérêt des enfants.

Ainsi, la médiation familiale s’inscrit, en tant que mode amiable à même d’instaurer un dialogue, dans une perspective d’apaisement et de co-construction d’accords, que ces ex-couples, plus que d’autres peut-être, ont pu en leur temps expérimenter. De la sorte, le médiateur familial, tiers neutre et impartial, les accompagne aujourd’hui à restaurer des compétences mises à mal par la séparation.