Immigration et médiation familiale
La migration, qu’elle soit subie ou choisie amène la famille à reconsidérer ses relations en lien avec le nouvel environnement auquel elle va devoir s’adapter, dans cet inconfort particulier de se situer « entre » deux cultures. Le fait migratoire va générer un avant et un après pour la famille. Comme tout événement familial, il est susceptible d’engendrer une crise. D’autres événements, tel la naissance d’un enfant sur le nouveau territoire, peut la majorer, du fait du sentiment d’isolement de la mère éloignée des modalités traditionnelles, qui de surcroît fait face à l’absence de soutien des proches. Ainsi, des couples sont parfois conduit à reconsidérer ce qui les unit lorsque l’univers d’origine de la famille et celui du lieu de vie n’occupent plus des places conciliables pour les deux partenaires. Un fossé au sein de cet entre-deux éloigne les façons d’envisager l’existence et peut les acheminer vers un désir de séparation.
La capacité à s’épanouir ou à évoluer dans la société d’accueil, si elle n’est pas similaire pour les deux membres du couple, notamment du fait de motivations différentes, risque de remettre en cause l’union. Différents éléments appartenant à la culture peuvent être source de désaccords concernant les adultes ou s’étendant aux enfants : la façon de se vêtir, de se nourrir, de materner, d’envisager la parentalité, de considérer son autonomie ou l’usage de la langue peuvent, par exemple, provoquer des divergences au sein du foyer.
Quelles que soient les causes de la migration, elle s’ancre dans un projet de vie meilleure que vient déstabiliser la rupture du couple perçue comme un échec. Et ce d’autant plus que le migrant est chargé d’une mission par le clan familial resté au Pays, en attente d’une amélioration ou d’un gain, alors que dans bien des cas un déclassement social s’opère et va être accentué par la séparation.
Lorsqu’un couple envisage sa séparation en ayant recours au service du tiers qu’est le médiateur familial, l’expérience montre que parfois d’autres tentatives ont préalablement échoué, soit qu’elles faisaient appel à des membres de la famille, soit à un représentant religieux occupant un rôle semblable de personne de confiance en mesure de conseiller. Et généralement, une des personnes explique l’échec de ce premier pas, du fait qu’un des partenaires ne s’est pas senti écouté et/ou représenté. La posture du médiateur familial est autre et le pousse à être récepteur de l’altérité pour mieux la refléter. Ne possédant pas de projet pour les personnes, il offre son écoute pour en restituer l’essence et permettre d’expliciter la crise par les enjeux plus profonds, soit le vécu et les sentiments de chacun confrontés à cette nouvelle situation.
Les thèmes abordés en médiation sont relatifs aussi aux enfants, et dans ce contexte particulier, l’idée de transmission prend une place essentielle pour les parents qui en font le choix.
De la sorte, le médiateur familial au services des personnes, en tant que tiers neutre et impartial va permettre à chaque personne de s’exprimer, dans un cadre confidentiel, en toute équité afin de favoriser une meilleure compréhension de ce qui se joue pour chacun. Et ce, à travers des échanges qui se poursuivront autour de décisions à adopter du fait de la coparentalité. Mis à part quand le français n’est pas maîtrisé par les parents, il n’est pas nécessaire que le professionnel partage, du fait de ses origines, la culture des personnes. En effet, les principes de la médiation familiale en ce qu’elle tient pour responsable chaque personne qu’elle reçoit, invite les protagonistes à s’exprimer et à opter pour des choix qui leur appartiennent, conciliables avec l’environnement social et juridique.