La médiation familiale parents / ados
Le processus de médiation familiale entre un parent et son adolescent opère généralement dans le contexte de la prévention à une rupture de relation ou dans le cadre de sa restauration en cas de rupture avérée.
La configuration familiale considérée est celle de parents séparés, l’enfant soit refusant de se rendre au domicile de l’un d’eux lors d’un droit de visite et d’hébergement ou d’une résidence alternée, soit remettant en cause l’organisation établie par ses parents ou par un Juge aux Affaires Familiales.
D’autres situations sont également concernées telles que des difficultés relationnelles entre l’adolescent et l’adulte au sein du foyer familial quel que soit le statut conjugal des parents. La médiation familiale vise alors l’amélioration de la communication afin d’apaiser les tensions et d’améliorer le climat, éventuellement par l’élaboration d’accords en commun.
La rencontre entre le médiateur et les participants s’avère aussi un moyen d’évaluer la situation afin de réorienter les personnes vers des dispositifs plus adaptés à leurs besoins tout en cherchant des solutions transitoires.
Comme pour tous processus de médiation familiale, le professionnel est tenu à respecter les principes de bienveillance, de neutralité, et d’impartialité. Les séances se déroulent dans un cadre confidentiel qui implique tous les protagonistes. Le volontariat des participants est vérifié à chaque étape. Néanmoins quelques spécificités caractérisent la médiation familiale parents / ados :
La médiation familiale dite parents-ados se démarque de la médiation familiale des parents au cours de laquelle un enfant peut, à un moment donné, être introduit pour exprimer ses besoins.
Lorsqu’un adolescent ne souhaite plus voir un de ses parents séparés, une médiation entre ses seuls parents dans bien des cas ne pourrait suffire. En effet, les décisions prises par les parents peuvent n’avoir aucune incidence à cet âge-là sur l’opposition du jeune. Il y a nécessité de travailler aussi avec lui autour de la relation pour prévenir d’une rupture de lien effective.
Le jeune va occuper une place entière dans le processus qui s’étend de 1 à 3 séances maximum en général.
La demande de médiation familiale peut émaner des parents, d’un parent (séparé ou en couple avec l’autre parent), de l’adolescent, de l’invitation d’un juge aux affaires familiales.
Concernant le protocole, il est important d’obtenir l’accord des deux parents pour cette démarche relevant de leur responsabilité parentale, quand bien-même un seul parent serait à l’origine de la demande et participera. Cet accord sera donné lors d’un entretien d’information, individuel ou collectif, au cours duquel seront précisées les conditions et tarifs des séances de médiation familiale pour les adultes, la gratuité étant accordée à l’enfant mineur.
Selon les circonstances et le niveau de conflit parental, une séance entre les parents seuls sera mise en place dans une perspective d’éclaircissement des enjeux de collaboration en amont de la rencontre du médiateur familial et de l’adolescent.
L’entretien avec le jeune, d’une durée maximale d’une heure, vise à recevoir sa parole et à évaluer avec lui ce qui pourra être restitué à ses parents, en sa présence ou non.
Quand un jeune ne souhaite plus voir un de ses parents séparé il devient nécessaire de travailler aussi avec lui autour de la relation.
Contrairement à ce qui a lieu au cours d’une médiation familiale entre parents, il ne s’agit pas de travailler dans l’optique de permettre des décisions communes de l’ordre de l’autorité parentale, mais de revenir sur le conflit dans lequel est impliqué l’adolescent en l’éclairant. Bien souvent un événement déclencheur, une réaction du parent, est à l’origine de la décision du jeune. L’objectif premier sera de permettre aux participants de s’exprimer, d’expliquer leurs ressentis, leur vécu pour mieux donner sens à leurs réactions. L’idée est de relancer le dialogue, de prendre en compte symétriquement la parole de l’autre.
Bien souvent la médiation familiale œuvrera, grâce à la parole des uns et des autres, en apportant la nuance qui pouvait manquer dans une perception trop binaire des choses.
Le jeune a une place entière qui n’outrepasse pas celle de son statut et respecte ainsi celui du parent. La médiation familiale permet une transformation de la relation.
Au moment de la séparation de ses parents : le refus est souvent en lien avec un conflit ou des désaccords parentaux non réglés.
Lorsque l’adolescent refuse de voir un parent dont il est éloigné à l’occasion de la séparation récente de ses parents, les désaccords entre lui et son parent reflètent souvent un enjeu du conflit parental en cours ou persistant. L’adolescent a pu se sentir invité à prendre parti ou à réagir à la situation parentale en s’affiliant avec un des parents.
Ex : Une jeune fille refuse de voir son père à cause « du mal » qu’il a fait à sa mère en « la trahissant puis l’abandonnant pour une autre femme ». La jeune fille soutient sa mère fragilisée dans cette épreuve difficile et en veut à son père d’être à ses yeux à l’origine de cette situation. Elle ne veut plus le voir et encore moins en compagnie de sa nouvelle conjointe.
Malgré les revendications affichées d’autonomie, l’enfant subissant la séparation de ses parents, a besoin du soutien affectif de ses derniers et de leur présence parentale. La séparation est un élément perturbateur déstabilisant pour tous, mais cet événement de vie intervient dans une période charnière et particulièrement délicate pour le jeune.
Quand la séparation des parents a provoqué une rupture de lien avec un des parents : soutenir la reprise du lien.
Plusieurs cas de figure peuvent expliquer une rupture de lien avérée dans le contexte d’une séparation parentale, poussant en général un parent à vouloir reprendre contact avec son enfant.
Ce peut être l’éloignement géographique, la fuite du conflit par le parent, une réaction au conflit consistant à « laisser tomber » le parent gardien, une réaction en tout ou rien lorsque les demandes du parent n’ont pas abouti, l’acceptation temporaire du refus du jeune qui a perduré, parfois, en cas de conflit persistant entre les parents, c’est le moyen qu’aura trouvé le jeune pour s’en extraire.
Ex : Un jeune homme de bientôt 18 ans n’a pas revu son père depuis une dizaine d’années. A 8 ans Il a refusé d’aller chez son père qui avait un DVH classique quand celui-ci ayant reformé un foyer avec 2 enfants a déménagé et s’est éloigné pour s’agrandir alors que travaillant dans la restauration, il était absent une grande partie du week-end, le laissant avec sa nouvelle compagne. Face au refus de l’enfant, se sentant dépassé, le père a laissé faire n’entrevoyant pas de solution pour intervenir. A l’abord de la majorité du jeune, le JAF qui rencontre le père pour une demande relative à un réajustement de la pension alimentaire, enjoint les parents à s’informer de la médiation familiale pour permettre une reprise de contact parent-ado. Le père est très demandeur et souhaiterait entretenir une relation d’homme à homme avec son fils maintenant qu’il va devenir adulte.
Dans ces situations, la médiation familiale va soutenir la reprise de la relation en favorisant une fois de plus la parole et les ressentis, l’expression des émotions et des besoins de chacun en revenant sur les événements passés comme sur la tentative de reprise actuelle et leur sentiment actuel. Il va aussi s’agir de sortir du sentiment de culpabilité ou d’abandon et de rejet vécu par l’adolescent pour les dépasser.
Ce peut-être aussi l’occasion de faire réentendre la loi et de repositionner chacun selon son statut.
Autres situations : conflits avec un ou les parents en couple ou séparés. Améliorer la communication, apaiser le climat.
D’autres situations de médiation familiale parents-ados rencontrées visent à assainir une relation, à offrir un espace pour améliorer la communication en prenant éventuellement des engagements qui touchent au quotidien.
En effet, en dehors de toute situation socialement problématique, cette période peut générer des souffrances de part et d’autre, et un parent peut chercher à sortir d’un conflit avéré ou non-dit en s’engageant dans une médiation familiale parents-ados.