Des situations de Médiation Aidants Aidés
Les contextes de Médiation Aidants Aidés couvrent un large champ de situations familiales. Les conflits ou les difficultés de prise de décision en commun impliquent différents protagonistes. Les relations entre aidants naturels, ou aidants et aidés, voire des intrications entre ces différents groupes rendent complexe le dénouement de problématiques qui surviennent parfois dans l’urgence. Les exemples de demandes de Médiation Aidants Aidés qui suivent illustrent quelques cas rencontrés sans prétention à refléter une typicité, qui de fait n’existe pas face à la singularité des histoires familiales. Par respect de la confidentialité inhérente aux principes de la médiation familiale, les noms et éléments reconnaissables ont été soit modifiés, soit supprimés.
Quand l’aidant a besoin d’être aidé et que l’aidé se plaint
La demande de médiation intervient dans le cadre de la protection d’un majeur d’une trentaine d’années, orienté par le biais de son mandataire judiciaire qui gère la tutelle du jeune homme. Ce dernier, suite à des problèmes de santé nuisant à son autonomie depuis l’adolescence, vit avec sa mère, veuve et retraitée. Aidante principale, s’occupant de son fils depuis toujours, Madame souffre de divers maux physiques liés à l’âge. La relation mère-fils est source de discordes qui s’enveniment ces derniers temps. Plusieurs facteurs sont en jeu. D’une part, du côté de Monsieur, le sentiment d’être infantilisé, le désir de sortir sans avoir de compte à rendre, d’être libre de dépenser son argent dans des snacks malgré l’opposition de sa mère relativement à son embonpoint, l’envie de vivre seul. Du côté de Madame, la fatigue de devoir passer derrière ce fils pour ranger et nettoyer, l’inquiétude face au danger que représente la liberté de déplacement de Monsieur susceptible de faire des malaises, de chuter, son sentiment qu’il serait influençable et amené à prendre des risques pour lui-même, la perspective d’une alimentation saine préconisée par le médecin qu’elle s’efforce d’imposer à son fils récalcitrant. Elle se sent esseulée, les frères et sœurs de Monsieur étant fâchés avec lui, ne leur rendant que rarement visite. Elle évoque son épuisement et perçoit les désirs de son fils comme une absence de bonne volonté. Celui-ci voit dans les décisions de sa mère qui a la possibilité de l’empêcher de sortir un abus de pouvoir.
La médiation familiale se mettra en place à leur domicile dans la mesure où les déplacements sont inenvisageables entre le logement et un de nos lieux de permanence. La fatigabilité des deux participants amènera à adapter la durée de la séance et à vérifier avec eux le moment de la journée le plus adapté à ces échanges.
Les attentes de Madame d’une parole éducative délivrée à Monsieur par le professionnel qui la soutiendrait vont être réorientées du fait des principes d’impartialité et de neutralité du médiateur familiale vers l’exploration de ses sentiments et besoins en tant que mère et aidante.
La colère de Monsieur dirigée verbalement contre sa mère sera analysée afin de l’amener à communiquer ses besoins, tout en les confrontant à la réalité de ses capacités dans le contexte actuel.
Au cours de deux séances, les personnes avec l’intermédiaire de la médiatrice familiale, rechercheront des solutions concrètes pour permettre à la situation d’évoluer, y compris en ouvrant la perspective d’orientation vers des structures (foyer, hôpital de jour… pour Monsieur) qui au fond répondait aussi à un besoin pour Madame d’être aidée.
Quand les aidants ne s’entendent pas
La démarche de médiation familiale est initiée par la compagne de Monsieur. Tous deux sont retraités depuis des années. Plus âgé que Madame, Monsieur est atteint d’une maladie neurodégénérative. Il bénéficie d’intervention au domicile mais également à l’extérieur. Le couple marié qui a connu des périodes de séparation par le passé a eu plusieurs enfants. La fratrie est géographiquement éclatée, seule une fille, Sandrine, vit à proximité de chez ses parents et en tant qu’aidante, au même titre que Madame, accompagne son père. Les autres enfants font des aller-retour plus ou moins réguliers dans la région.
Des entretiens d’information individuels préalables à la médiation familiale vont être proposés. Ils offrent une vision des positions de chacun.
La femme de Monsieur, explique que Sandrine et elle ont des relations tendues depuis l’adolescence de sa fille. De violentes scènes éclatent entre elles au sujet des soins à apporter à Monsieur. De plus, elle trouve sa fille intrusive au domicile des parents. Sandrine a déposé une demande de protection juridique pour son père contre la volonté de sa mère. Madame le vit comme un manque de reconnaissance, voire une critique de ses compétences à aider son mari. Elle pense néanmoins que Monsieur gagnerait à vivre en Ehpad, entouré de personnel formé.
Sandrine dresse le portrait de son père dont elle est très fière et dont elle a toujours été proche. Elle évoque une mère instable avec qui les rapports sont difficiles. Elle reconnaît des problèmes physiques de son père mais ne perçoit dans son déclin cognitif que l’effet normal de la vieillesse. Elle rappelle qu’elle est à l’origine de la mise en place des différents accompagnements de Monsieur et fait part de son engagement auprès de lui en tant qu’aidante attentive et très présente. Elle a initié une demande d’habilitation familiale et souhaite aménager la maison afin de permettre à son père d’y rester. Elle pense que les autres membres de la famille n’ont pas conscience de l’état de santé et de l’investissement que réclame les soins apportés au père.
Corine qui voit de temps en temps ses parents pense que sa mère devient trop âgée pour s’occuper de son mari et a toute confiance en sa sœur.
Patrick en veut à Sandrine de régler des comptes anciens avec leur mère, en se montrant, selon lui, violente dans sa façon de procéder. Il regrette un manque de communication de sa part avec l’ensemble du clan familial. Il s’oppose à la mise sous protection de son père. Il est persuadé qu’une organisation avec des aides extérieures suffira. Il pense que ses parents vivent mal des décisions prises à leur insu et que le manque de progressivité et de participation de chacun dans une décision devient délétère pour le couple.
La rencontre avec la personne aidée prévue au domicile sera reportée puis annulée en raison de son hospitalisation. La médiation ne se mettra finalement pas en place, certains membres de la famille la pensant arrivée trop tard alors qu’une décision judiciaire allait être actée et que l’état de santé du père devient préoccupant.
Néanmoins, cet espace de parole en préparation du processus aura permis aux membres de la famille d’approfondir une réflexion autour du désaccord et des mésententes familiales tout en prenant conscience de l’existence et de la particularité de la médiation familiale comme opportunité d’échanger au bénéfice du parent aidé.
Pour aller plus loin
-
Relation d'aide - perte d'autonomie et situation de handicapMédiation entre Aidants et Aidés
-
Soutien à la parentalitéMédiation familiale
-
Dépendance Santé vieillesseAide aux aidants familiaux